Comme à peu près tout le monde le sait maintenant, une
éclipse solaire totale a eu lieu sur l'Europe et jusqu'en Inde le 11 Août 1999.
Sur la France, l'ombre a touché les côtes normandes à 12h20, puis a parcouru
la Picardie, la Champagne-Ardennes et l'Alsace et a quitté le territoire vers 12h30. C'est
dire la rapidité du phénomène (2850km/h).
La carte ci-dessous vous montre la trajectoire exacte de cette ombre: c'est ce que l'on appelle
la "bande de totalité", dans laquelle l'éclipse était totale. A un endroit
donné, l'eclipse ne dure que 2 minutes et quelques, ce qui laisse assez peu de marge pour
l'observation. En dehors de cette bande, l'éclipse n'était que partielle, mais cette
éclipse partielle était visible sur des centaines de kilomètres.
Ce phénomène étant assez peu courant (environ tous les 2 ans sur l'ensemble du globe, mais beaucoup plus rare sur la France), j'ai décidé d'aller la voir. En effet, j'habite Paris, qui n'est pas située dans la bande de totalité, et je voulais voir l'éclipse totale.
La météo de cette semaine-là, et en particulier celle du jour J n'était pas terrible, et la probabilité de pouvoir observer l'éclipse dans de bonnes conditions n'était pas bien grande. J'ai donc décider, au vu de la météo du matin, d'aller au Nord-Nord-Ouest de Paris, et bien sûr au milieu de la bande de totalité. J'ai donc choisi Grandvilliers (un peu au Nord de Beauvais) comme destination.
Vu le battage par les média sur l'éclipse, on attendait beaucoup de monde sur la route ce jour-là. J'ai donc décidé de partir à 5h du matin (eh oui, faut ce qu'il faut). Bien m'en a pris, car j'écoutais la radio en permanence pour connaître la météo, et ils ont annoncé les premiers gros bouchons à partir de 7h. Moi par contre, je n'ai eu strictement personne (et toc!): autoroute en direction d'Amiens jusqu'à la sortie de Breteuil, puis départementales jusqu'à Grandvilliers.
Une fois sur place, le ciel était bouché. Grrrrrrr.... J'en ai profité pour
faire un petit somme. Vers 10h, j'étais de nouveau d'attaque. Toujours branché sur la
radio, j'ai entendu que les meilleurs chances d'observation étaient finalement situées
entre Reims et Metz. Rogntudjuuu! J'ai donc redémarré et me suis dirigé vers
l'Est, en prenant les départementales (il commençait à y avoir un peu de monde,
et la radio annonçait des bouchons un peu partout). Au bout de 10 minutes, ils ont
tourné casaque et annoncé que les meilleures chances d'observation étaient
situées sur la Normandie. Rogntudju de rogntudjuuuu!
Bon j'ai compris qu'ils n'en savaient finalement guère plus que moi ni que tous les gens
qui étaient sur les routes, et j'ai refait demi-tour pour me rediriger à peu
près vers ma destination initiale. Je dis bien à peu près, parce qu'à
force de tourner en rond sur les petites routes, je ne savais plus trop où je me trouvais.
Je me dirigeais au soleil (quand on le voyait à travers les nuages). J'ai fini par
m'arrêter au bord de la route, comme tout le monde, à un endroit comportant quelques
éclaircies. J'ai alors pu voir le tout début de l'éclipse.
Puis le ciel s'est couvert à nouveau. J'avais bien repéré un grand pan de ciel bleu plus au Sud-Ouest, mais il est difficile d'évaluer une distance dans le ciel, et je ne savais pas trop si j'aurais le temps d'y aller. Après quelques instants de réfexion, et considérant le ciel gris, je me suis finalement décidé à tenter le tout pour le tout. J'ai donc repris la route, en visant cette éclaircie, qui semblait assez constante et stable. J'ai vraiment bien fait, car j'ai atteint cette trouée au bout d'un quart d'heure.
L'excitation commençait à me gagner: j'allais voir l'éclipse !!!!!
Je me suis arrêté au bord de la route, encore une fois comme tout le monde, lorsque
j'avais un peu dépassé la limite des nuages. La lumière a commencé
à baisser. Cette luminosité est saisissante: un lumière un peu bleutée,
moins de luminosité, mais un contraste important: les ombres sont toujours à la
verticale (enfin à peu près).
J'avais emporté mon appareil photo, à tout
hasard (avec un pied). Par contre, je n'avais pas acheté de filtre. J'ai installé
l'appareil, puis j'ai pris quelques clichés au jugé. En effet je ne pouvais pas viser,
sinon je me serais brulé les yeux. J'ai utilisé mon doigt pour viser: En visant avec
mon index l'axe de l'objectif, puis en décalant ma tête, je pouvais observer l'ombre de
mon doigt sur l'objectif. Si cette ombre se trouvait au centre de l'objectif, c'est que à
priori mon objectif est bien dans l'axe du soleil. Cette méthode assez approximative a
pourtant donné de bons résultats: le soleil était bien cadré. Par
contre, prendre le soleil en photo sans filtre donne un résultat assez mauvais: la
lumière est trop forte et on ne distingue pas l'éclipse. Enfin bon, j'aurais
essayé...
Puis les nuages ont un peu bougé, et commençaient à se rapprocher. Rogntudju de rogntudju de rogntudju... Il restait un quart d'heure avant l'éclipse totale. Quelques très longues secondes d'hésitation, et je me suis dit que ça serait vraiment trop bête de rater l'éclipse totale à cause d'un petit bout de nuage. J'ai donc replié mon matériel en quatrième vitesse et j'ai redémarré, pour me décaler un peu plus loin, vers le centre de l'éclaircie. Top! Il reste 5 minutes avant le début du spectacle. Juste le temps de réinstaller l'appareil et de profiter de cette fabuleuse lumière sur le paysage.
Et enfin elle est arrivée. C'est vraiment comme si on éteignait les lumières
dans une salle, puis que l'on s'aperçoit qu'une bougie est allumée. C'est vraiment
très beau. La couronne apparaissait gigantesque: dans les multiples reportages qui avaient
été diffusés ces derniers jours, la couronne était relativement petite;
mais là elle triplait la taille du soleil. Après quelques secondes où je suis
resté baba d'admiration, j'ai pu me mettre derrière mon appareil photo sans risque
pour cadrer cette splendeur. J'ai été d'ailleurs étonné de voir le
soleil en aussi grand sur la photo. Mon objectif est un 28-210mm, et je ne pensais pas que cela me
donnerait un sujet aussi grand (les photos de cette page ont été
légèrement agrandies, mais pas tant que ça).
Les phases suivantes ressemblent à celles de
l'avant-éclipse. Les gens y prettent en général moins attention, tant ils sont
émerveillés par les moments qu'ils viennent de passer. Je me suis moi-même
détendu, en profitant pour manger un morceau tranquillement et terminer ma pellicule en
prenant des clichés à intervalles réguliers. Comme pour les phases du
début, ces photos ont peu d'interêt.
La fin de l'aventure est nettement moins palpitante: reprendre la voiture et essayer
d'éviter les bouchons du retour. Ce qui m'a permis de visiter quelques villages, en passant
par les petites routes. En arrivant sur Paris, un petit reste de bouchon avant de retrouver mes
penates.
Prochain rendez-vous avec une éclipse totale: 2001 en Afrique du Sud et à Madagascar.
Ça me donnerait une occasion d'aller à Madagascar. Peut-être...
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